Blog Coaching Ways Côte d'Ivoire

Retrouvez ici nos articles sur les spécificités du Coaching en Afrique. Fruit de nos réflexions et observations avec l'expérience de nos promotions Coaching Ways Côte d'Ivoire.

En Afrique, le coach est-il un métier, une posture ou un statut ?

Le mot « coach » inspire confiance. Il attire aussi une reconnaissance que certaines personnes recherchent avant d’avoir appris le métier.

Il suffit parfois d’observer les présentations lors d’un événement professionnel. Une personne annonce : « Je suis entrepreneur et coach. » Une autre se présente comme « coach de vie, coach business et coach en leadership ». Sur les réseaux sociaux, le mot apparaît avant le nom, comme un titre que l’on aurait acquis une fois pour toutes.

Que font ces personnes avec leurs clients ? Certaines exercent le coaching avec sérieux. D’autres enseignent, conseillent, témoignent de leur parcours ou donnent des conférences. Plusieurs font tout cela à la fois. Leur travail peut être utile. Le mot choisi pour le décrire mérite malgré tout d’être interrogé.

Car « coach » peut désigner trois choses différentes. Un métier, que l’on apprend et que l’on exerce. Une posture, que l’on adopte dans une autre fonction. Ou un statut, qui donne l’impression d’être celui qui sait guider les autres.

Le débat est sensible en Afrique francophone. Il touche à la crédibilité d’un métier qui se développe. Il touche aussi à des personnes sincères, dont certaines aident réellement les autres sans avoir reçu de formation formelle en coaching. Nous n’avons pas besoin de les mépriser pour poser une question exigeante : qu’annonce-t-on exactement lorsqu’on se fait appeler coach ?

Un titre peut précéder la pratique

Imaginez deux profils.

La première personne a créé une entreprise prospère. Elle raconte avec franchise les erreurs qui lui ont coûté cher. Des jeunes entrepreneurs lui demandent conseil. Elle connaît son sujet et sait transmettre son expérience. Elle se présente désormais comme coach business.

La seconde accompagne des clients dans un cadre défini. Elle précise les objectifs, explique la confidentialité et conduit des séances pendant lesquelles elle aide chacun à examiner ses propres choix. Elle a été formée, a pratiqué sous observation et continue de faire relire son travail. Elle se présente aussi comme coach.

Le même mot apparaît sur les deux cartes de visite. Les clients ne recevront probablement pas le même service.

La première personne pourrait être une excellente mentore ou consultante. Elle pourrait également avoir appris à coacher. Son succès entrepreneurial, à lui seul, ne nous permet pas de le savoir. La seconde pourrait exercer le métier avec rigueur. Sa formation, à elle seule, ne garantit pas que chaque séance sera bonne.

Cette incertitude est le cœur du problème. Le titre est visible. La pratique l’est beaucoup moins.

Aucune étude sérieuse ne permet d’affirmer combien de personnes, en Afrique francophone, utilisent « coach » uniquement pour obtenir une reconnaissance sociale. Notre observation d’un usage fréquent du mot ne doit pas se transformer en statistique inventée. Elle suffit néanmoins à ouvrir un débat sur la clarté due aux clients.

Une posture de coach est précieuse

Une directrice peut poser davantage de questions à ses collaborateurs avant de donner son avis. Un enseignant peut aider un étudiant à réfléchir à sa méthode de travail. Un parent peut écouter son enfant sans chercher immédiatement à résoudre son problème.

On peut reconnaître dans ces gestes une posture de coach. Elle peut améliorer la façon de diriger, de former ou d’accompagner. Elle n’oblige personne à faire du coaching son métier principal.

La distinction compte parce que les rôles ne donnent pas les mêmes libertés. Un manager peut écouter son collaborateur avec attention. Il reste aussi responsable de fixer des objectifs, d’évaluer le travail et parfois de prendre une décision que le collaborateur n’approuve pas. Il peut utiliser des compétences de coaching. Leur relation n’est pas identique à celle d’un client avec un coach extérieur.

De même, un formateur peut inviter les participants à trouver leurs propres réponses pendant un exercice. À un autre moment, il transmettra un contenu qu’ils sont venus apprendre. Les deux gestes ont leur place. Ils gagnent à être nommés clairement.

Il n’y a aucune raison de dévaloriser ces professions pour faire exister le coaching. Un bon conseil peut faire gagner des années. Une formation peut ouvrir une perspective décisive. Une parole d’encouragement peut aider quelqu’un à tenir. Aucun de ces effets ne suffit, à lui seul, à définir une séance de coaching.

À quoi reconnaît-on un métier ?

Un métier ne tient pas dans une formule que l’on ajoute à sa biographie. Il se reconnaît à ce que le professionnel est capable de faire de façon suivie, à la manière dont il rend compte de ses actes et à sa connaissance de ses limites.

Dans le coaching, cela commence souvent avant la première question posée en séance. Le professionnel explique ce qu’il propose. Il vérifie ce que le client souhaite travailler. Il clarifie la durée, le prix, la confidentialité et les responsabilités de chacun. Si une entreprise finance l’accompagnement, il précise ce qu’elle apprendra du travail mené et ce qu’elle n’apprendra pas.

Puis vient la séance elle-même. Le coach écoute ce que dit le client et ce qu’il peine à formuler. Il vérifie ses interprétations. Il remarque quand son propre avis prend trop de place. Il aide le client à transformer ses découvertes en décisions ou en expériences qu’il choisit lui-même.

Après la séance, le travail continue. Le coach peut revenir sur une intervention maladroite. Il peut chercher un regard extérieur sur une difficulté éthique, dans un cadre qui protège la confidentialité. Il peut reconnaître qu’un client a besoin d’une autre forme d’aide.

Le référentiel de compétences et le code de déontologie de l’International Coaching Federation, l’ICF, donnent un cadre explicite à ces exigences. Le code demande notamment aux professionnels de représenter leurs qualifications avec exactitude, de travailler dans les limites de leurs compétences et de décrire honnêtement ce qu’ils offrent.

Voilà une question concrète pour toute personne qui utilise le titre : si un client vous demandait d’observer une séance et d’expliquer ensuite vos choix, pourriez-vous le faire ?

Le statut est plus facile à porter que le métier

Pourquoi « coach » séduit-il autant ? Le mot suggère qu’on a traversé des épreuves, compris quelque chose d’important et acquis la capacité d’aider les autres à avancer. Il peut donner une place dans une salle avant même que l’on ait parlé.

La tentation n’a rien de spécifiquement africain. Ici comme ailleurs, une carrière peut se construire autour d’une image. Les réseaux sociaux rendent cette image très visible. Ils récompensent les phrases affirmatives, les parcours remarquables et les conseils faciles à retenir.

Le coaching, lui, montre rarement son meilleur visage dans une courte vidéo. Une séance peut avancer grâce à dix minutes d’écoute patiente et à une question qui n’aurait intéressé personne hors de la pièce. Il est plus simple de publier « les cinq décisions qui ont changé ma vie » que de montrer comment on accompagne quelqu’un dont les cinq décisions possibles comportent toutes un coût.

Le statut devient problématique quand il promet une autorité générale. Le « Coach » semble pouvoir parler de carrière, de couple, de deuil, de santé mentale, de stratégie d’entreprise et d’éducation des enfants avec la même assurance. Son expérience personnelle devient une réponse à tous les problèmes.

Or il est possible d’avoir réussi sa vie professionnelle et de ne pas savoir accompagner celle d’un autre. Il est possible d’avoir surmonté une épreuve sans connaître les limites de son propre témoignage. Et il est possible d’être un coach compétent sans offrir au public un récit spectaculaire de soi-même.

Le prestige d’un parcours ne remplace pas la compétence d’accompagner.

La certification aide-t-elle à y voir clair ?

Oui, à condition de comprendre ce qu’elle atteste.

Dans le système de l’ICF, une formation accréditée concerne un programme de formation. Une certification individuelle, telle qu’ACC, PCC ou MCC, concerne une personne qui a satisfait aux exigences du niveau visé. L’adhésion à l’ICF est encore autre chose : ses conditions peuvent notamment être remplies par une personne en cours de formation. Ces situations ne devraient pas être présentées comme équivalentes.

La précision peut sembler administrative. Elle change ce qu’un client croit acheter. « J’ai suivi une formation accréditée », « je suis membre de l’ICF » et « je détiens la certification PCC » ne décrivent pas le même parcours.

Une certification offre un repère sérieux. Elle indique qu’un professionnel a satisfait à des critères définis. Elle n’est pas une promesse d’accord parfait avec chaque client, ni une garantie qu’il saura accompagner toutes les situations. Un coach certifié doit continuer d’apprendre et de réfléchir à sa pratique.

Inversement, l’absence d’une certification ICF ne suffit pas à déclarer qu’une personne n’a aucune compétence. D’autres parcours existent. Ce qui importe pour le client est de pouvoir comprendre la formation suivie, l’expérience acquise, les engagements éthiques pris et la nature exacte du service proposé.

Les écoles de coaching ont ici une responsabilité particulière. Elles aussi peuvent être tentées par le prestige des mots. Si elles laissent entendre que l’achat d’une formation confère immédiatement une autorité sur les autres, elles alimentent le problème qu’elles prétendent résoudre.

Être inspirant ne suffit pas

Dans une salle de conférence, un intervenant raconte comment il a quitté un emploi stable pour créer son activité. Le public l’écoute avec attention. Plusieurs personnes repartent avec le courage d’examiner leur propre avenir.

Cette intervention a de la valeur. Elle peut être excellente. Elle ne devient pas une séance de coaching parce que l’intervenant s’est fait appeler « Coach » sur l’affiche.

Supposons maintenant qu’une participante lui confie, après la conférence, qu’elle voudrait quitter son emploi mais qu’elle soutient financièrement ses parents. L’intervenant répond : « Si j’ai réussi à partir, vous le pouvez aussi. Il faut oser. »

Il partage ce qui l’a aidé. Mais la situation de cette femme est différente. Peut-elle constituer une réserve ? Quelles dépenses assume-t-elle ? Que souhaite-t-elle changer dans son travail ? Veut-elle vraiment entreprendre, ou cherche-t-elle à sortir d’une situation qui l’épuise ?

Un coach aurait besoin de découvrir tout cela avant d’envisager une direction avec elle. Sa propre histoire pourrait éclairer la conversation. Elle ne devrait pas en écrire la conclusion.

La confusion entre inspiration et coaching peut sembler bénigne lorsque l’enjeu est limité. Elle l’est beaucoup moins quand une personne s’apprête à engager ses économies ou à rompre une relation sur la foi d’une recommandation générale.

La formule « je suis coach » devrait ouvrir des questions

Un client n’a pas besoin de maîtriser tous les référentiels professionnels. Il peut néanmoins demander quelques explications simples.

« Comment travaillez-vous pendant une séance ? »

« Quelle formation avez-vous suivie et qu’y avez-vous réellement pratiqué ? »

« Que faites-vous si ma demande relève davantage d’un conseil spécialisé, d’une formation ou d’un soin ? »

« Comment protégez-vous ce que je vous confie ? »

« Quand vous dites que vous êtes certifié, par quel organisme et à quel titre l’êtes-vous ? »

Ces questions ne sont pas une attaque. Un professionnel sérieux devrait pouvoir y répondre sans se sentir offensé. Il devrait aussi pouvoir dire qu’il débute, qu’il se forme encore ou qu’il propose du mentorat plutôt que du coaching.

La franchise peut être plus rassurante qu’un titre impressionnant. « Je suis entrepreneur, je peux partager mon expérience, mais je ne suis pas formé au coaching » est une proposition parfaitement honorable. Elle permet à l’autre personne de choisir en connaissance de cause.

Le titre ne doit pas devenir une police du vocabulaire

Il serait pourtant dommage que la professionnalisation tourne à une bataille de propriétaires du mot « coach ».

Le terme circule depuis longtemps dans le sport et dans d’autres domaines. De nombreuses personnes l’utilisent pour décrire une relation d’entraînement ou d’accompagnement. Leur demander d’adopter partout la définition d’une seule fédération ne réglerait pas les problèmes de qualité.

Ce que nous pouvons exiger est plus précis : la personne doit expliquer ce qu’elle fait et ne pas revendiquer une qualification qu’elle ne possède pas.

Un coach sportif peut se présenter comme tel. Une mentore qui préfère le mot « coach » peut décrire sa méthode et ses limites. Un professionnel certifié peut mentionner son titre exact. Chacun doit permettre au public de comprendre l’expérience proposée.

Cette exigence protège aussi les praticiens honnêtes. Elle évite qu’une personne qui a consacré des années à apprendre son métier soit placée, sans aucune distinction possible, à côté d’une autre qui a simplement décidé de changer sa biographie en ligne.

En Afrique francophone, nous avons besoin de mieux connaître nos pratiques

La visibilité croissante du coaching ne nous dit pas encore comment il s’exerce dans chaque pays. Une recherche publiée en 2021 a étudié les pratiques de 299 coachs organisationnels travaillant en Afrique. Ses auteurs soulignent le manque de recherches ancrées dans les contextes africains et les risques de déduire les pratiques locales des seules tendances internationales. Leur échantillon ne représente pas toutes les personnes qui se disent coachs, notamment dans les pays francophones.

Cette limite devrait nous rendre curieux. Qui sont les personnes accompagnées à Abidjan, Dakar, Lomé ou Douala ? Que comprennent-elles lorsqu’on leur propose un coaching ? Comment les écoles forment-elles à la pratique réelle ? Quelles difficultés les coachs rencontrent-ils avec leurs clients ? Comment les distinguent-ils du conseil, du mentorat et de la formation ?

Nous gagnerions à documenter ces questions. Une profession se construit aussi en acceptant de regarder ce qu’elle fait, y compris lorsque les réponses bousculent son image.

Le marché, lui, peut continuer à distribuer le titre de « Coach » à qui souhaite le porter. La confiance du public demandera davantage.

Que reste-t-il quand on retire le titre ?

Imaginons une journée pendant laquelle personne ne vous appelle « Coach ». Vous ne pouvez pas afficher ce mot sur votre profil ni le placer avant votre nom. Il vous reste seulement votre manière d’accueillir un client, de poser un cadre, d’écouter, de questionner et de répondre de ce que vous faites.

Votre travail existerait-il toujours ?

C’est une question pour ceux qui débutent. C’est aussi une question pour les professionnels installés. Une certification peut, elle aussi, devenir un statut dont on se pare au lieu d’un engagement que l’on honore chaque jour.

Chez Coaching Ways Côte d’Ivoire, nous défendons une idée simple : le coaching peut être un métier exercé avec une posture que l’on travaille sans cesse. La reconnaissance vient du sérieux de cette pratique. Elle ne devrait pas être ce que l’on cherche d’abord en empruntant le titre.

Nous pouvons accueillir l’ambition de ceux qui veulent accompagner les autres. Nous pouvons respecter les mentors, les consultants, les formateurs et les personnes dont l’expérience aide leur communauté. Nous pouvons aussi demander à chacun de nommer honnêtement ce qu’il propose.

Car la question décisive ne sera jamais : « Vous appelle-t-on Coach ? »

Elle sera : « Que devient la personne après avoir travaillé avec vous, et de quoi êtes-vous prêt à répondre dans cette relation ? »

Deux questions de terrain

Le titre de coach suffit-il à établir la compétence ?

Non. La pratique, le cadre proposé au client, la formation, la supervision et la capacité de reconnaître ses limites donnent des indications plus concrètes qu’un titre sur un profil.

Peut-on adopter une posture de coach sans exercer ce métier ?

Oui. Un dirigeant peut écouter et questionner ses collaborateurs. Cela ne lui donne pas automatiquement le cadre ni la confidentialité d’un accompagnement professionnel indépendant.

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