« Tout remonte en permanence à vous » : ce n’est pas un problème de collaborateurs, c’est un problème de manager

par Stephan Coridon | 1- Responsabiliser l'équipe, Performance organisationnelle

Trop de décisions remontent ? C'est vous le problème.

Un dirigeant qui passe ses journées à trancher des sujets que ses managers pourraient trancher eux-mêmes n'a pas de problème d'organisation. Il a un problème de délégation, mais pas forcément celui qu'il croit.

La réaction la plus courante

Face à ce constat, le réflexe consiste à blâmer le manque d'autonomie des équipes : "ils ne prennent pas d'initiative", "ils préfèrent qu'on décide pour eux". C'est une explication rassurante, parce qu'elle place le problème chez les autres. C'est aussi, la plupart du temps, une explication incomplète.

Ce qui se passe en réalité

Dans la majorité des organisations, ce n'est pas l'équipe qui refuse de décider. C'est le manager qui, sans en avoir toujours conscience, a construit (décision après décision) un système où remonter est plus sûr que trancher. Un collaborateur qui a vu une décision autonome corrigée publiquement, ou une initiative reprise sans explication, apprend vite la leçon implicite : mieux vaut demander avant.

Prenons un cas typique. Une équipe commerciale reçoit une remise exceptionnelle à valider pour fidéliser un client important. La première fois, le manager tranche seul, sans expliquer sa logique. La deuxième fois, un commercial propose une remise similaire, légèrement différente dans son calcul : le manager la corrige avant validation, toujours sans expliquer le critère utilisé. À la troisième sollicitation, plus personne ne propose de chiffre : chacun attend que le manager calcule lui-même. Rien, dans cette séquence, n'était une décision délibérée de retirer l'autonomie. C'est pourtant exactement ce qui s'est produit, trois interactions plus tard.

Ce comportement n'est pas de la passivité. C'est une adaptation rationnelle à un signal reçu. Et c'est précisément pour cela qu'il est difficile à corriger de l'extérieur : le manager qui se plaint que "tout remonte" est souvent celui qui, sans le vouloir, a rendu la remontée obligatoire.

Il existe une limite à ce raisonnement, qu'il faut poser clairement : toute remontée n'est pas un défaut de responsabilisation. Un sujet à fort enjeu financier, juridique, ou qui engage la réputation de l'organisation, doit remonter, et c'est sain qu'il le fasse. Le problème n'est pas la remontée en tant que telle, c'est son caractère systématique sur des sujets qui ne le justifient pas.

Pourquoi ça coûte plus cher qu'il n'y paraît

Le coût direct est visible : un manager qui tranche à la place de son équipe devient le goulot d'étranglement de toutes les décisions, ce qui limite mécaniquement la taille de ce qu'il peut piloter. Mais le coût réel est ailleurs, et il est plus difficile à mesurer : chaque décision reprise par le manager est une occasion de développement qui n'a pas eu lieu pour le collaborateur. Sur plusieurs années, cet écart cumulé explique une bonne partie du fossé entre les équipes qui progressent et celles qui stagnent, à compétence de départ comparable.

Ce coût est d'autant plus difficile à corriger qu'il ne se voit dans aucun indicateur de performance à court terme. Une équipe qui remonte tout continue de produire des résultats corrects, parfois même meilleurs, précisément parce que le manager corrige les erreurs avant qu'elles ne deviennent visibles. Le problème n'apparaît que plus tard, quand ce manager change de poste ou que l'organisation grandit au-delà de ce qu'une seule personne peut arbitrer.

Ce que ça change concrètement pour un dirigeant

Trois signaux à observer, sans attendre un audit formel :

  • Les décisions remontent-elles systématiquement, même sur des sujets à faible enjeu ? Si oui, le seuil de délégation implicite est probablement mal calibré.
  • Vos managers reprennent-ils eux-mêmes un dossier dès que le résultat dévie légèrement de l'attendu ? C'est souvent le signal le plus net d'un déficit de responsabilisation, plus révélateur que n'importe quel discours sur l'autonomie.
  • Vos équipes attendent-elles un accord avant d'avancer sur des sujets qu'elles maîtrisent pourtant ? C'est la conséquence visible, en aval, des deux points précédents.

Ces trois signaux se renforcent mutuellement : plus les décisions remontent, plus les managers reprennent la main sur les résultats imparfaits, et plus les équipes apprennent à attendre un accord avant d'agir. Aucun des trois ne se corrige isolément, ni par une note de service sur "l'importance de l'autonomie". Ils se corrigent en observant, décision par décision, ce que le comportement du manager encourage réellement, indépendamment de ce qu'il affirme encourager.

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Ithos Consulting · Du besoin de performance organisationnelle aux 6 Fondamentaux, 1/18 · Responsabiliser (1/3).

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